Alors que la démocratie canadienne est mise sous pression, un nouveau réseau national de fondations œuvre pour renforcer la contribution de la philanthropie dans une démocratie pluraliste. Les auteurs s’expriment au nom du comité directeur de Fondations canadiennes pour la démocratie.
La démocratie canadienne est sous tension. Bon nombre de personnes, les jeunes en particulier, ont perdu foi en celle-ci. La désinformation et les discours de haine et de division progressent plus rapidement que notre capacité à les contrer. Des médias d’actualité locaux ferment leurs portes. L’ingérence étrangère est une réalité bien documentée appelée à prendre de l’ampleur avec l’accès à faible coût à des technologies puissantes. Dans ce contexte, de nombreuses personnes ont l’impression de ne plus avoir leur mot à dire dans les décisions publiques qui les concernent, et elles ne font plus confiance au système démocratique.
Le scepticisme face à la démocratie n’est pas nouveau au sein de certaines communautés, surtout celles dont les droits ont été historiquement bafoués ou insuffisamment protégés. Pour elles, les systèmes juridiques et démocratiques n’ont pas toujours tenu leur promesse d’assurer une protection égale des droits. Ce sentiment est aussi exacerbé par l’absence de résolution de certaines questions constitutionnelles fondamentales sur l’étendue de la protection des droits et la reconnaissance des droits et des titres autochtones.
Le Canada compte sur des forces institutionnelles notables: une magistrature indépendante, des agences électorales de confiance, des règles sur le financement électoral strictes, des traditions et des modèles de gouvernance variés, et un engagement sincère envers le pluralisme. Plusieurs actrices et acteurs de la société civile, du milieu universitaire, du domaine du journalisme et du secteur communautaire oeuvrent à maintenir notre démocratie en santé. Toutefois, il nous manque une réponse philanthropique coordonnée qui nous permette d’apprendre les uns des autres, de collaborer et de veiller à ce que nos efforts ne se dédoublent pas inutilement ni ne soient contre-productifs.
C’est cette lacune que le réseau Fondations canadiennes pour la démocratie cherche à combler.
Fondations canadiennes pour la démocratie est un réseau national de fondations qui cherchent à accroître l’apport de la philanthropie à une démocratie pluraliste. Ce réseau permet aux fondations d’apprendre les unes des autres, de nouer des liens au-delà des différences, de mieux coordonner leurs actions et de collaborer pour avoir plus d’impact.
Nous n’abordons pas ce travail à partir d’un diagnostic commun ou d’un ensemble de solutions unique. Les fondations que l’on trouve au Canada possèdent des mandats distincts et servent différentes communautés. Cette diversité de points de vue représente une force. La démocratie n’exige pas un consensus ou même un accord. Elle repose sur la reconnaissance que chaque personne a une vision partielle des défis et des possibilités auxquels notre pays est confronté, et exige que nous prenions des décisions collectivement, même lorsque nous sommes en désaccord.
Nous avons la possibilité d’incarner au sein de notre propre secteur le genre de démocratie que nous espérons renforcer, c’est-à-dire une démocratie dans laquelle il est possible de travailler conjointement à la poursuite d’un avenir commun, malgré des différences idéologiques, culturelles ou géographiques.
La capacité à travailler ensemble malgré nos différences est au cœur des traditions démocratiques canadiennes. Toutes les fondations du pays dépendent de cette capacité, peu importe leur mandat. Qu’elles se concentrent sur les arts, la santé, les jeunes, le sport, le logement, l’environnement, l’éducation ou la réconciliation, il leur faut des publics engagés, des débats publics constructifs et des gouvernements fonctionnels. Négliger aujourd’hui les bases de notre démocratie reviendrait à mettre en péril les progrès dans tous ces domaines.
Vient maintenant la partie plus difficile : en tant que réseau de fondations, nous devons aussi mettre ce principe en pratique. Les membres du réseau ne seront pas toujours d’accord et il sera tentant de nous diviser, comme l’est de plus en plus la société, selon nos idéologies, identités ou régions géographiques. Ce faisant, nous ne ferions qu’accentuer les chambres d’écho qui existent déjà. Il y a toutefois de bonnes raisons de croire que nous pouvons faire mieux. Des assemblées citoyennes et d’autres expériences de démocratie participative ont maintes fois démontré que lorsque les Canadiennes et les Canadiens se réunissent pour discuter de questions difficiles, ils réalisent qu’ils ont beaucoup plus en commun que ce que le discours public laisse entendre. Nous pouvons nous attendre à ce que cela soit aussi vrai pour nous.
Les fondations disposent d’atouts particuliers pour contribuer à ce travail. Nous pouvons mettre en relation des organisations communautaires et des ressources institutionnelles, travailler dans divers secteurs et champs de compétence, appuyer toute une gamme d’approches et investir dans l’expérimentation. Contrairement à bon nombre d’actrices et d’acteurs, nous pouvons également prendre des engagements à long terme allant au-delà des cycles électoraux. Ces capacités ne nous donnent pas une compréhension privilégiée de l’intérêt public, mais elles nous donnent l’occasion et la responsabilité de faciliter les conditions qui permettent aux gens de débattre, et d’en profiter ensemble.
En collaborant, nous pouvons également réduire les frictions pour nos partenaires. Le partage de connaissances, des approches de financement coordonnées et des relations plus solides pourront aider les organisations à accéder à des ressources, à établir des liens solides et à perdre moins de temps à composer avec plusieurs bailleurs de fonds.
L’action collective nous permet aussi d’aborder des enjeux qu’il serait difficile d’aborder individuellement. Il nous est possible de réduire les risques et de soutenir l’innovation en explorant des approches communes en matière d’apprentissage et de diligence raisonnable, et en apprenant des réussites d’autres fondations. De plus, lorsque des solutions semblent prometteuses, une coordination ou une mise en commun du financement pourra accélérer la mise à l’échelle.
Ce travail est urgent. Il nécessite des fondations qui sont prêtes à sortir de leur zone de confort, à développer des relations honnêtes avec des pairs, à écouter attentivement et à discuter avec authenticité, en étant convaincues que notre force sera plus grande en nous unissant. Nous avons la possibilité d’incarner au sein de notre propre secteur le genre de démocratie que nous espérons renforcer, c’est-à-dire une démocratie dans laquelle il est possible de travailler conjointement à la poursuite d’un avenir commun, malgré des différences idéologiques, culturelles ou géographiques.
Les membres de Fondations canadiennes pour la démocratie pourront apprendre ensemble, solidifier des relations au sein du secteur et identifier des occasions d’agir de manière coordonnée. Nous pensons que le temps est venu de renforcer et de renouveler notre démocratie, tout en faisant preuve d’ouverture face aux différentes formes que pourrait prendre la vie démocratique. Nous invitons les fondations qui veulent en savoir plus, rejoindre le réseau ou discuter avec nous durant un des rassemblements à venir à s’inscrire à notre liste de diffusion.