À la recherche d’inspiration : ce que les Canadiens peuvent apprendre du secteur philanthropique européen

Le présent article est le premier d’une série consacrée à la philanthropie en Europe. Cette série est publiée dans le cadre d’une collaboration entre The Philanthropist et la Fondation Lawson.

Illustration par Paul Dotey

Les fondations canadiennes sont de plus en plus habiles à apprendre des autres. L’époque est révolue où beaucoup travaillaient de façon isolée, souvent sans se soucier des pratiques d’excellence ni de l’innovation. Les fondations sont en mode d’apprentissage depuis bien des années, et elles sont fréquemment incitées à le faire par des organismes nationaux tels que Fondations philanthropiques Canada, Fondations communautaires du Canada, et Imagine Canada. D’autres voix influentes du secteur — par exemple le Ontario Nonprofit Network et CanaDon — les poussent également en ce sens. On assiste à une plus grande professionnalisation de la philanthropie en général, et j’ajouterais que l’impact produit est nettement plus important.

Nous avons appris et nous continuons à apprendre des organismes étrangers qui font figure de chefs de file, que ce soit relativement à nos approches en matière de dons et de philanthropie, ou à la façon de convoquer nos intervenants, de communiquer et d’apprendre auprès des récipiendaires de nos subventions, ou encore d’améliorer nos rapports avec les responsables des orientations politiques. Parmi ces organismes, on compte le Center for Effective Philanthropy, aux États-Unis, et la Charities Aid Foundation, au Royaume-Uni. Il s’agit d’organismes basés dans des pays de langue anglaise, où s’applique la common law.

Mais, en ce qui a trait à l’innovation et aux façons de travailler, nous pouvons certainement beaucoup apprendre des organismes qui ne sont pas de langue anglaise, qui ont une autre vision du monde et qui fonctionnent sous des modèles différents. Je pense ici aux expériences menées en Europe continentale où, après tout, on fait face à des défis et à des enjeux sociaux très semblables à ceux que nous connaissons. D’ailleurs, le contexte mondial actuel (particulièrement la situation aux États-Unis) montre que nous avons peut-être maintenant plus de choses en commun avec l’Europe qu’avec la plupart des autres parties du monde.

Certaines entités, comme la Fondation Chagnon et Fondations communautaires du Canada, se tournent davantage vers l’Europe afin de trouver des idées et de nouvelles collaborations. À la Fondation Lawson, nous sommes désireux de mieux connaître l’expérience norvégienne pour notre travail concernant le jeu en plein air et son importance sur le développement de l’enfant. Nous nous intéressons aussi à la European Venture Philanthropy Association (EVPA) pour ce qu’elle peut nous apprendre en matière d’investissement d’impact.

Bien que je n’aie pas de données empiriques, je crois toutefois que la plupart de ceux d’entre nous qui travaillent dans le secteur philanthropique canadien ont bien peu de contact avec les organisations philanthropiques européennes et leurs approches particulières.

Cela n’est pas étonnant. En général, nous nous intéressons à ce qui nous est le plus facilement accessible, et la langue peut être souvent un obstacle.

Cette tendance ne se retrouve pas seulement dans le secteur philanthropique. Lorsque j’étais plus profondément engagé dans le domaine de la politique sociale, ici au Canada et ensuite auprès du gouvernement néo-zélandais, la coutume était de regarder vers le monde anglophone lorsque nous étions à la recherche d’inspiration et d’innovation, en prenant pour acquis que le contexte en d’autres parties du monde (en Europe continentale, par exemple) était tout simplement trop différent pour fournir des idées utiles ou des éléments pertinents.

L’idée de préparer, pour The Philanthropist, une série d’articles sur la situation en Europe continentale relativement à la philanthropie et à la tradition du don (et particulièrement au rôle des fondations) repose sur deux éléments. Premièrement, la présence au Canada de Michael Alberg-Seberich, un collègue allemand qui a aussi été le premier fellow CKX pour la recherche sur la philanthropie au Canada et qui a passé six mois à Foundation House en 2017.

J’ai souvent eu le plaisir de discuter avec lui. Ces conversations passionnantes m’ont permis de découvrir une myriade d’approches intéressantes et novatrices adoptées en Allemagne et ailleurs en Europe, et il m’a présenté quelques-uns des leaders inspirants du secteur philanthropique européen.

Deuxièmement, l’idée m’est venue à la suite d’une visite à Philanthropy House, à Bruxelles, avec mes collègues de Foundation House, Bruce Lawson de la Counselling Foundation of Canada, Jehad Aliweiwi de la Fondation Laidlaw, et Ian Bird et Leslie Inglis de Fondations communautaires du Canada. Philanthropy House est un espace partagé pour la philanthropie en Europe, un peu comme l’est Foundation House à Toronto. Fondée par six importantes fondations européennes, elle abrite divers organismes d’infrastructure du secteur philanthropique. Lors de cette visite, j’ai été impressionné par ce que j’ai entendu en matière d’approches et de visions d’organismes tels que leEuropean Foundation Centre, le Network of European Foundations (NEF), et la EVPA.

Ainsi, cette année, une nouvelle série publiée par The Philanthropist présentera des articles qui seront pour la plupart rédigés par nos collègues européens, et aussi par des Canadiens qui ont pu apprendre de leur contacts avec l’Europe continentale.

Tout d’abord, un texte de Michael Alberg-Seberich au sujet de son expérience en tant que fellow CKX, avec sa pensée et ses réflexions sur l’infrastructure philanthropique au Canada. Il est devenu en très peu de temps un observateur perspicace et curieux de la sphère philanthropique canadienne. Cet article servira de toile de fond pour la série.

Suivront d’autres articles sur différents sujets, y compris sur les grands défis auxquels sont confrontées les fondations européennes; un regard sur le rôle intermédiaire que joue le NEF auprès des fondations européennes; et un article sur les origines et les défis de « la finance solidaire », une forme intéressante d’investissement d’impact.

Bonne lecture et bonne réflexion.

Marcel Lauzière is the President and CEO of The Lawson Foundation. Marcel Lauzière est le président-directeur général de la Fondation Lawson.

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