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Un programme postpandémique pour l’environnement


Les principaux groupes canadiens de bailleurs de fonds, en collaboration avec le Cercle sur la philanthropie et les peuples autochtones au Canada, ont lancé une initiative ambitieuse visant à placer le programme climatique au premier plan des activités caritatives du pays. L’engagement, le premier du genre au Canada, a été dévoilé un mois avant le début du sommet sur le climat de la COP26 à Glasgow, et constitue un point central de la conférence de Fondations philanthropiques Canada, qui se terminera le 10 novembre.

Les autres participants sont Financeurs en Environnement au Canada (FEC) et Fondations communautaires du Canada (FCC). Les quatre groupes ont pour objectif d’obtenir cent signataires d’ici juin prochain.

« Le leadership autochtone est essentiel pour faire face à l’urgence climatique », a affirmé Kris Archie, chef de la direction du Cercle, dans une déclaration publiée en octobre au sujet de cette initiative. « Notre intendance a émergé dans la nuit des temps et attribue la langue, les droits et les responsabilités intergénérationnelles à la vie, à la terre, à l’eau et à l’air », a-t-elle ajouté.

« L’objectif de l’engagement est de mobiliser les philanthropes en leur expliquant qu’il s’agit d’une crise mondiale qui nécessite une réponse de l’ensemble du secteur, tout comme pour la COVID‑19 », a affirmé Devika Shah, directrice générale de FEC. « La philanthropie joue un rôle de catalyseur très important dans la modification des systèmes, et c’est ce dont nous avons besoin en ce moment », a-t-elle ajouté.

Cet engagement a été annoncé au lendemain d’une élection fédérale au cours de laquelle chaque grand parti politique a présenté un plan climatique. La plupart des électeurs canadiens ont soutenu des partis ayant des politiques climatiques précises, notamment la tarification du carbone, et Justin Trudeau a nommé, comme nouveau ministre de l’Environnement, Steven Guilbeault, un ancien militant québécois pour la lutte contre le changement climatique qui a fondé Équiterre.

Ces sujets ont tous fait surface plus tôt dans l’année lors des conférences de FEC et de FCC, qui ont également abordé les collaborations entre les bailleurs de fonds et le rôle que ces derniers peuvent jouer pour faire avancer le programme climatique. La conférence de FEC, intitulée Transform 2021 : Bubble-Breaking and Sense-Making, a exploré la manière dont les philanthropes peuvent apprendre de la pandémie pour soutenir une reprise verte et équitable.

« Les changements climatiques ne sont pas qu’un problème environnemental », a déclaré Joanna Kerr, chef de la direction de MakeWay, qui a animé l’une des séances de discussions. « Plusieurs d’entre nous espèrent que les bailleurs de fonds travaillant sur des questions de santé, de sécurité alimentaire ou d’éducation comprennent que la catastrophe climatique influe sur notre société. Davantage de bailleurs de fonds doivent travailler ensemble pour obtenir une vue globale de l’écosystème et [déterminer] ce qui est financé et ce qui ne l’est pas », a-t-elle expliqué.

Dana Decent, directrice des partenariats de FCC, affirme que de nombreux intervenants du secteur réévaluent le rôle de la philanthropie et essaient de concevoir une façon que les bailleurs de fonds pourraient constituer plus que de « simples subventionneurs ». Les fondations, ajoute-t-elle, devraient envisager d’interroger les gestionnaires d’actifs sur le risque climatique, d’examiner leur propre empreinte carbone, de passer en revue les entreprises et les projets en vue d’un engagement net zéro, de sensibiliser les donateurs et de collaborer avec des partenaires du mouvement environnemental.

Ce travail a déjà commencé, car certains dirigeants de la communauté philanthropique canadienne prennent conscience du fait qu’ils ont un rôle important à jouer dans l’accélération de la transition du Canada vers un avenir à faibles émissions de carbone.

Plus tôt cette année, par exemple, la Fondation du Grand Montréal (FGM) a lancé un Fonds Collectif pour le climat et la transition écologique de 500,000 dollars, en collaboration avec la Fondation Familiale Trottier et avec le soutien de la Ville de Montréal. L’objectif du fonds est de mobiliser les milieux d’affaires, politiques et philanthropiques de Montréal pour réduire les émissions de gaz à effet de serre de 55 % d’ici 2030 et de permettre à la ville d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050.

« La philanthropie a l’avantage de catalyser les mesures des intervenants qui, seuls, n’ont aucun pouvoir en matière de mobilisation ou d’intervention », a déclaré Karel Mayrand, président et directeur général de la FGM. « Les fondations sont susceptibles de travailler de manière isolée, mais la collaboration permet d’obtenir d’excellents résultats », a-t-il ajouté.

M. Mayrand espère que de tels modèles de collaboration pourront être reproduits dans l’ensemble du secteur sans but lucratif et caritatif du Canada. Cependant, cette approche exige également des ressources supplémentaires. Selon FEC, le secteur de l’environnement, qui comprend les groupes de conservation, les organismes de protection des animaux et les défenseurs du climat, ne reçoit qu’environ 1 à 2 % de tous les dons de charité.

Ce manque à gagner est reconnu depuis un certain temps. En 2010, le Groupe de travail canadien sur la finance sociale a demandé aux fondations publiques et privées du Canada d’investir au moins 10 % de leur capital d’ici 2020 dans des investissements liés à leur mission, comme les efforts d’atténuation des changements climatiques. Depuis, le secteur philanthropique canadien a cessé de donner de l’argent aux organismes locaux qui faisaient campagne contre les activités pétrolières et gazières pour financer des projets liés au climat. « Les groupes qui menaient auparavant de nombreuses campagnes se sont quelque peu réorientés vers la défense et la mise en œuvre des politiques », a expliqué Mme Shah.

La pandémie a compliqué la tâche aux bailleurs de fonds en matière environnementale. Les projets climatiques nécessitent beaucoup de capitaux, mais la crise de la COVID‑19 a placé des demandes concurrentes sur les ressources publiques et philanthropiques, les bailleurs de fonds ayant été appelés à investir dans des causes sociales comme la pauvreté, le logement ou la santé.

Mme Shah a affirmé que les bailleurs de fonds en matière environnementale doivent prendre certains risques. « Nous devons être ceux qui repoussent les limites », a-t-elle ajouté. Cependant, comme l’indique la déclaration commune, les organismes de bienfaisance doivent modifier leurs objets d’évaluation et de suivi pour répondre à la crise climatique, y compris en ce qui a trait aux entités incluses dans le processus de prise de décision, particulièrement lorsque les collectivités autochtones sont touchées. Cela signifie qu’il faudra apprendre à devenir un bailleur de fonds participatif et à déployer des efforts caritatifs davantage fondés sur la confiance.

Il est possible de mettre en œuvre des initiatives philanthropiques dans une perspective de justice climatique, affirme Brianna Aspinall, fondatrice de Carbon Conversations TO et animatrice à la conférence de FCC. « Le risque climatique est lié en tout point à la philanthropie, donc si nous ne pouvons pas financer de mesures climatiques, nous pouvons au moins commencer à discuter davantage du changement climatique », a-t-elle dit. « La pénurie alimentaire et la pauvreté sont liées au changement climatique, tout comme le sont le logement et la santé », a-t-elle expliqué.

Au milieu d’une année de crise sanitaire ponctuée de vagues de chaleur sans précédent, d’ouragans violents et d’inondations généralisées, nous commençons à prendre conscience du fait que si le monde peut réagir rapidement à une pandémie mondiale, il a la capacité de faire de même avec l’accélération du changement climatique.

Les politiciens et les défenseurs rentrent de Glasgow pour traduire ces objectifs généraux en mesures locales, mais Mme Kerr affirme que les collaborations de bailleurs de fonds et les organismes caritatifs environnementaux doivent agir de manière encore plus large, en plaidant non seulement pour une modification de politique, mais aussi pour des changements qui encouragent les Canadiens à choisir des options à faibles émissions de carbone, comme les « villes 15 minutes », ainsi qu’à modifier leurs comportements, par exemple en adoptant un régime alimentaire à base de plantes. « C’est un mélange des deux », dit-elle. « Nous devons créer un mouvement. »


Fatima Syed est une journaliste indépendante basée à Mississauga qui a travaillé pour The Logic, le National Observer et le Toronto Star. Elle est également l’animatrice de l’émission The Backbench de Canadaland.

John Lorinc est un journaliste et rédacteur torontois en plus d’être conseiller de rédaction de The Philanthropist.

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